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Jour de pluie - une photo Alain Dutour - de la série "Entre les gouttes"

Un livre – « Poétique de la ville » de Pierre Sansot

Lorsque l’éditeur présente l’ouvrage en quatrième de couv’, il reprend d’abord une phrase de Pierre Sansot : « Ils revenaient à leur ville comme on revient à son sol natal. »

Puis, il ajoute : Poétique de la ville est probablement le plus sensible, le plus exhaustif, le plus amoureux des livres écrits sur la ville. Monumental, riche et foisonnant, il résulte d’un pari insensé : qu’un homme puisse, à lui seul, s’emparer de la ville et nous en restituer toutes les facettes, tous les secrets. Qu’il s’agisse de l’arrivée sous la pluie dans une petite ville, des manifestations de rue, des dérives nocturnes ou des promenades matinales, des rythmes urbains, de la symbolique des artères, des transports, des clochards ou des prostituées, des quartiers et faubourgs, ou encore des intérieurs des hôtels, C’est un Sansot éblouissant qui nous révèle la géographie sentimentale des villes.

Moi, je reviens à la préface de Mikel Dufrenne qui rapporte que [la ville] « elle n’est pas seulement expressive. Elle est naturante. Les hommes – ses hommes – ne tiennent pas seulement le langage que les lieux leur inspirent : langage du bistrot, langage de la rue, langage du Prisunic. Ils sont dans leurs gestes ou leurs démarches, ce que la ville attend d’eux. Qu’ils descendent dans la rue pour aller à leur travail ou pour se promener, ou pour dresser des barricades, qu’ils se cachent pour échapper à la police ou qu’ils se montrent pour participer à un défilé, la ville inspire leur comportement. Et même leurs rêves ; car elle semble aussi gouverner l’imagination humaine ; ou plutôt elle secrète elle-même l’imaginaire dont elle s’auréole et par lequel elle se signifie. Lorsque Sansot écrit “Pour distinguer sérieusement deux lieux réels, ne faut-il pas d’abord chercher ce qui les distingue imaginairement, se demander de quels prolongements oniriques ils sont capable.” (…) » Cela présente bien l’ouvrage. J’entre à peine dans le livre et je lis : « le langage du boulevard, du bistrot, de la rue appartiennent à ces lieux. Quand on remplace le square par “l’espace vert”, ou bien l’on désigne quelque chose qui effectivement n’a aucun rapport avec le square (quelque chose qui, fonctionnellement, a pour mission de “couper” les grands ensembles, de déverser de la verdure dans la “triste banlieue”) ou bien l’on parle mal du square qui, sans son nom, perd une de ses qualités : autant lui enlever le petit portillon par lequel on y entre ! Il existe un langage urbanistique dont nous refusons la scission qu’il introduit entre l’homme et la ville. » Bref, de page en page Sansot nous fait passer « d’une phénoménologie à une poétique de l’espace urbain » en laissant les lieux s’exprimer au-delà de leurs propres limites. C’est un livre écrit en 1974, à butiner encore par tous ceux qui aiment entendre la ville respirer et même se distinguer ; un livre destiné aussi à ceux qui aiment s’emparer de la ville.

L’auteur : Reçu second à l’agrégation de philosophie en 1954 après être passé par les lycées Louis-le-Grand et Henri-IV, Pierre Sansot enseigne la philosophie et l’anthropologie à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble, puis à l’université Paul-Valéry de Montpellier. Sa thèse de doctorat donne lieu à la publication de son premier livre : Poétique de la ville.

Édition Payot /Univers : Sciences humaines / Collection : Petite Bibliothèque Payot / Genre : Anthropologie /Parution : septembre, 2004

L'auteur : Xavier Guillon

Rédacteur en chef et en os et profiteur d’espaces, il aime l’urbain et le crie haut et fort. En secret, il rêve de nature et prend régulièrement les chemins vicinaux.

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