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La cabane au bord du lac - American landscape - Alain Bublex

Lorsque les intuitions d’Alain Bublex deviennent des conséquences.

À Tours, au CCCOD, le photographe, dessinateur et designer Alain Bublex présente depuis le 4 octobre 2019, « un paysage américain », un projet autour du paysage, mêlant film, photographie et dessin. Et ce qu’il faut savoir avant tout, c’est qu’Alain Bublex développe depuis le début des années 1990 de gigantesques fictions, profondément ancrées dans le réel. C’est de sa démarche surtout que j’aimerais parler.

Beaucoup présentent Alain Bublex comme un urbaniste, un utopiste, un chercheur ou un voyageur. Il est tout cela, certainement ; Mais il est surtout un “regardeur” qui sait particulièrement décomposer ce qu’il regarde pour en reconstituer l’essence. Je vois qu’il est aussi un inventeur qui sait bien faire ressortir l’important.

En partant d’une intuition

“Ploucville” dans American landscape – Alain Bublex
À la lisière – American landscape – Alain Bublex

Oui la démarche d’Alain Bublex est celle d’un chercheur. En 2018, lorsqu’il préparait son expo An American Landscape à Paris, il expliquait en effet : «Je travaille actuellement sur un nouveau projet qui est fortement connecté à la culture américaine : il s’agit de la réalisation d’un dessin animé basé sur le film First Blood (avec Sylvester Stallone au début des années 80). Après l’avoir vu régulièrement au fil des ans, j’ai remarqué que ce qui m’attirait le plus, c’était le paysage qui sert de décor au film : les rocheuses à la fin de l’hiver. Et j’ai fini par réaliser que le paysage était sans doute l’un des acteurs principaux du film. J’ai pensé au dessin animé pour vérifier cette intuition : je redessine toutes les scènes, tous les plans du film, mais sans les acteurs ni l’action. Juste les arrières plans, les montagnes, la forêt, les rues du village. Le résultat est « encourageant » : effectivement, les paysages dessinés font penser à la peinture de paysage américaine (disons de l’Hudson River School aux Hyper-réalistes en passant par les régionalistes des années 30) et donne un film assez lent et mélancolique. Il pointe bien l’importance — assez unique je crois — du paysage naturel dans la construction de l’identité américaine.» C’est cette démarche-là qui est particulièrement intéressante chez l’artiste. En évoquant son travail Alain Bublex précise encore : « On a tendance à confondre paysage et espace naturel dans un seul terme ; en réalité, c’est jamais vraiment le cas ; le paysage est toujours une construction humaine, c’est-à-dire que l’appréciation du paysage, ce qui fait qu’un environnement quelconque devient un paysage, c’est la présence de l’homme ». C’est aussi ce qui est démontré dans American Landscape : alors que l’homme est effacé sur toutes les images du film, sa présence est toujours active.

Avec l’attention augmentée du touriste

Alain Bublex aime être là véritablement comme un touriste. Être touriste est une position qu’il affectionne particulièrement ; c’est pour lui un moment d’attention augmentée. Ce qu’il aime, c’est arriver à faire coïncider ce qu’il sait avec ce qu’il voit. En quelque sorte, Alain Bublex développe ses projets en partant de l’intuition ; c’est ce qui donne la force à ses travaux.

Plug in the city – Alain Bublex

Dans un autre projet, Plug in the city, Alain Bublex veut constater comment pourrait fonctionner l’utopie de l’architecte et urbaniste britannique Peter Cook en “re-construisant” une ville par l’ajout d’Unités Mobiles d’Habitation (UMH) greffées ici et là dans l’architecture existante.

Contributions – Alain Bublex

Dans un autre projet encore, Contributions, il cherche à aller au bout des lignes RER pour mieux remarquer qu’il ne s’agit pas de non-lieux, seulement des lieux communs, des lieux de l’expérience partagée, de la quotidienneté, et aussi des lieux de la banalité ; qu’il y a un début et une fin à la ville au-delà de la station et des lignes du réseau.

Mais aussi, c’est aussi en écoutant Alain Bublex qu’on s’enrichit. Il a tant de choses à nous dire ; il a ses questionnements, ses morceaux de réponses, ses expériences. Le résultat, il nous le dit sans aucune prétention : « Les projets que je produis sont des conséquences ».

Au CCCOD à Tours : Alain Bublex /Un paysage américain (générique) / Jusqu’au 8 mars 2020

Et aussi, le 13/02/2020 de 18:00 à 19:30 à l’Université François Rabelais-site des Tanneurs, 3 Rue des Tanneurs, 37000 Tours, dans le cadre de l’exposition « Un paysage américain (générique) » d’Alain Bublex, une rencontre est organisée avec Pascal Brioist, agrégé d’histoire, Professeur des Universités en histoire et membre du CESR depuis 1994.

Voir aussi la vidéo : https://www.citedelarchitecture.fr/fr/video/autour-dalain-bublex

Né en 1961 à Lyon, Alain Bublex vit et travaille entre Lyon et Paris. Il développe depuis le début des années 90 de gigantesques fictions, profondément ancrées dans le réel. Artiste plasticien et ancien designer automobile chez Renault, tour à tour urbaniste, utopiste, chercheur et voyageur, il réalise des œuvres qui ne sont pas de l’ordre de l’objet, mais plutôt du projet. Ses œuvres prennent corps grâce à une iconographie et une documentation aussi réaliste qu’abondante. Recourant aux médiums les plus variés, ces projets oscillent entre réalité et fiction pour réinventer le paysage, la ville ou l’architecture. Les productions d’Alain Bublex témoignent aussi d’une réflexion sur le Temps et l’Histoire. Elles revisitent les canons esthétiques et les mythes de la grande aventure de la Modernité. Alain Bublex est représenté par la Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois

L'auteur : Xavier Guillon

Rédacteur en chef et en os et profiteur d’espaces, il aime l’urbain et le crie haut et fort. En secret, il rêve de nature et prend régulièrement les chemins vicinaux.

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