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Espace libre aux délaissées

À l’interrogation : Quelle végétation pour la ville de demain ? Les urbanistes répondent qu’il doit y avoir cohérence entre l’aménagement végétal et son contexte urbain. Un peu en aval, le paysagiste Gilles Clément et quelques amis spécialistes (de plus en plus nombreux) s’insurgent, même si de cette végétalisation paysagère là, ils n’ont rien à redire. Pour eux, il manque la notion de Tiers-paysage.

En mars 2011, dans un cycle de conférences au Centre Pompidou, Gilles Clément en traduit l’idée et les raisons d’être. Pour lui, « ce qui est étrange et ce qui fait l’archaïsme d’une société qui fait loi, c’est de ne pas voir qu’il existe un paysage tiers, ni urbain, ni rural, ni humain et qu’il faut le laisser libre ». De ces rencontres, il nous est apparu intéressant de rapporter quelques propos.

Question –réponse

Une question se pose : « Où laisse-t-on venir la diversité qui est chassée de partout ? »

Une réponse : « dans les interstices, là où l’homme ne fait rien, les lieux accidentés, les pentes, les bords des routes, les friches…Des espaces très limités. »

Pourquoi s’y intéresser ?

« Parce qu’il y va de notre futur. Mais aussi, parce que c’est un espace de liberté. »

Comment ?

« Peut-être en y faisant quelque chose parce qu’il y aurait un usage évident, utile à la population. Mais aussi, pour certains espaces, en y faisant seulement une gestion différenciée. Et puis pour d’autres, on dirait : non là justement là, on ne fait rien ! Et c’est peut-être la plus grande partie. Mais est-on capable politiquement de décider qu’à tel endroit on ne fait rien (ni d’institutionnel, ni d’aménagement), sans interdire l’accès pour autant ? »

Des espaces réservés à la diversité

« L’espace est réservé au libre accès de la diversité ; ça signifie aux plantes, aux animaux, mais bien sûr aussi aux humains. Alors là, on rentrerait dans un système où le Tiers-paysage deviendrait un outil politique de gestion territoriale. Et c’est ce qui semble être en train de se faire plus ou moins. Mais c’est trop nouveau pour l’annoncer comme ça.»

Une idée à détourner ?

Pour certains l’idée de Tiers-paysage sera récupérée pour être détournée. La réponse de Gilles Clément est alors précise : « En effet, il y a un danger. Mais je crois que quand même, lorsque l’on ne met pas un nom sur un concept, ce concept n’existe pas et il est donc très facile de le détruire. Probablement plus que si l’on dit : Non ! Là, c’est un lieu d’accueil à la diversité. Sauf que ce lieu est sans statut ordinaire, puisqu’il n’est justement pas. Dans ce lieu, il n’y a pas de protection, de règle de sécurité. C’est un espace de liberté. »

Qui l’admet ?

« Qui va être responsable s’il y a un accident dans l’un de ces délaissés ? C’est à ce moment qu’il y a un grain de sable dans le mécanisme, parce que l’espace de liberté n’existerait plus s’il était soumis aux normes des espaces ordinaires. C’est la limite de la chose. »

Photo à la une : Emmanuel Brousse

L'auteur : Xavier Guillon

Rédacteur en chef et en os et profiteur d’espaces, il aime l’urbain et le crie haut et fort. En secret, il rêve de nature et prend régulièrement les chemins vicinaux.

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