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Dans la vallée de Riaux près de L'Estaque - Paul Cezanne

Un livre – Architecture sans architectes

En 1964, l’architecte américano-tchèque Bernard Rudolfsky publie son ouvrage le plus remarquable, “Architecture Without Architects” – Une brève introduction à l’architecture vernaculaire et non pédigrée. En 1977, il est traduit par Dominique Lebourg et publié aux éditions “Chêne” avec pour titre : “Architecture sans architectes”. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente… Il faudra donc le chercher chez quelques bons bouquinistes.

Dans Architecture sans architectes, l’architecte Bernard Rudolfsky déclare que “l’histoire de l’architecture, telle qu’écrite et enseignée dans le monde occidental, n’a jamais été concernée par plus que quelques cultures sélectionnées”.  Alors, il tente de briser notre idée limitée dans ce domaine et de nous introduire brièvement dans le vaste et sage monde de l’architecture vernaculaire, indigène et souvent anonyme.

Un commentaire dans la presse

Dans un article qu’il rédige pour Le Moniteur en avril 2008, Luc Baboulet écrit : “Dans son acception linguistique courante, le vernaculaire s’oppose au véhiculaire. La langue vernaculaire relève d’une inscription locale – aussi large qu’en soit l’emprise, elle concerne un lieu –, tandis que la langue véhiculaire est celle qui permet de se faire comprendre au-dehors, voire partout. Le rapport du vernaculaire au véhiculaire est donc celui d’une connaissance en profondeur à une compréhension de surface : l’une opère en intensité, l’autre en extension. L’une est l’indice d’une communion au sein d’une culture, l’autre permet la communication entre gens cultivés. De sorte que le véhiculaire s’attache à établir des critères de compréhension entre eux comparables pour les mettre en réseau – network –, tandis que le vernaculaire met en rapport des traits d’expression hétérogènes, cousus ensemble selon les lignes d’un unique motif culturel qu’on appellera territoire – patchwork.

Aussi le choix du vernaculaire implique-t-il une vision particulière de l’architecte, de son rôle, de son statut d’auteur : alors que le réseau a besoin de lui, qu’il produit et entretient l’architecte pour assurer la transmission et la communication en son sein, le territoire peut fonctionner sans lui. La transmission des savoirs et la maîtrise d’œuvre se font autrement, par le biais de la coutume, de la convention et de l’habitude. Il y a donc, dit Rudofsky, une architecture sans architecte : une architecture localisée, procédant d’un savoir-faire et d’un savoir-vivre collectifs, dont les gestes mêmes de la vie quotidienne, transmis par l’histoire et polis par l’usage, constituent les traits d’expression.

Le pas est cependant difficile à franchir : une discipline ne se défait pas sans angoisse du corps d’experts et de spécialistes censés assurer la maîtrise de ses opérations, ainsi que la communication et la transmission en son sein. Car à suivre Rudofsky, l’architecte se trouve jeté parmi des alter ego inattendus qui, statutairement, ne semblent guère valorisants pour lui : des « bricoleurs » au sens de Lévi-Strauss, des situations collectives dans lesquelles on a du mal à repérer l’auteur avec son autorité, voire des animaux qui furent les premiers bâtisseurs. Au milieu de tout ça, la culture savante de l’architecte, celle qui jusque-là lui semblait occuper sans reste l’espace du savoir, se trouve soudain flotter, confrontée à l’échelle anthropologique d’un temps et d’un espace planétaires, voire à l’échelle du vivant tout entier. D’où les difficultés qu’eut Rudofsky à faire accepter le principe d’Architecture without Architects, une vaste et saisissante compilation photographique présentant des constructions vernaculaires collectées dans le monde entier. Il en avait proposé le principe au MoMA dès 1941 mais ce n’est qu’en 1964 que l’exposition fut montée et rencontra, avec le livre, un succès planétaire.

A côté de l’architecture comme doctrine savante, l’un et l’autre évoquaient ainsi un savoir infus, non formulé donc non discutable. La question délicate concerne le retour du vernaculaire vers la culture savante à laquelle tous – Hoffmann, Loos, Rudofsky – appartiennent : si l’architecte est “un maçon qui a appris le Latin” (Loos), comment traduire en latin les patois des maçons, sans en perdre le sel ni produire du kitsch ?

[Lire l’article complet dans Le Moniteur]https://www.lemoniteur.fr/article/l-architecture-est-un-jeu-bernard-rudofsky.821039]

L'auteur : La rédaction

Les rédacteurs et photographes du magazine écrivent des paysages et des horizons.

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