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L’artiste italien Carlo Ramous et la ville de Blois impliqués dans une affaire diplomatique hors du commun

Et oui, si vous aviez bien connu l’artiste et sculpteur Carlo Ramous, il aurait fallu le dire, le redire et encore le dire. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait le site web “blois.me” et l’Association “Blois – Patrimoine – Paysage – Environnement – Cadre de Vie”.

Pourtant depuis quelques jours, tout se bouscule. Alors que la ville de Blois et la communauté d’agglomération ne voyaient aucune objection, voire étaient favorables à la démolition de l’imprimerie Cino del Duca construite dans les années 60, et que les travaux avaient même commencé, on découvre localement que l’artiste Carlo Ramous n’est pas qu’un illustre inconnu. En haut lieu, on le connait, et c’est peu de le dire. N’empêche que, à Blois, on n’en faisait pas une histoire d’Etat.

Lorsque ces Messieurs de Blois découvrent la sculpture

Ramous - Chiesa Santa Marcellina à Milan
Ramous – Chiesa Santa Marcellina à Milan

Et non, Monsieur le Président d’Agglopolys (communauté d’agglomération de Blois), il ne s’agit pas de “la seule œuvre architecturale du sculpteur italien”. D’autres œuvres et bas-reliefs existent encore en Italie, au Japon, à New-York… L’artiste a même été de son vivant présent lors d’expositions majeures comme la Biennale de Venise en 1958, 1962 et 1972, à Rome en 1955, 1959, 1973 et à la Biennale di San Paolo du Brésil en 1961. Il a exposé dans bien d’autres capitales puisqu’on a pu le suivre de Paris à Tokyo, de Rome à Londres, d’Oslo à Milan, de New York à Anvers. Le retrouver à Alexandrie en Égypte, à Téhéran, à Mexico, à Budapest, à l’Aquila, à Zurich, à Cologne, à Nuremberg, à Berlin, à Sydney, à La Haye, Copenhague, Lisbonne, Dusseldorf, Los Angeles, Lagos, etc… Mais quand même, on peut rappeler que le travail de Carlo Ramous réalisé sur la façade de l’imprimerie Cino del Duca à Blois est considéré “œuvre majeure” par les spécialistes en art.

L’affaire Ramous entre dans les bureaux de Monsieur de Talleyrand

Imprimerie Cino del Duca - Mise en place de la Sculpture de bronze
Imprimerie Cino del Duca – Mise en place de la Sculpture de bronze

L’improbable existe. Dans cette affaire, qui au pire aurait réveillé quelques amateurs de patrimoine et quelques administrations culturelles, voilà que même dans les bureaux de Monsieur de Talleyrand à Paris, l’affaire fait grand bruit. Et oui, l’Hôtel de Galliffet, construit par l’architecte Legrand, demeure de notre célèbre ministre des affaires étrangères, puis siège du Ministère des Relations Extérieures de 1794 à 1821, est aujourd’hui le siège de l’Institut Italien de la Culture en France (Istituto Italiano di Cultura). Et alors ? Et bien le hic, c’est que les Italiens aimeraient bien que l’œuvre de Ramous soit mieux connue des non-initiés et pour cela ont profité du travail de l’artiste réalisé à Blois. Vous lisez bien, le titre de la prochaine table ronde programmée par l’institut le 27 juin 2016 à 18 heures est : “Ramous sculpteur milanais à Blois”. Sur leur site il est écrit : “ À l’occasion de l’inauguration du nouveau bâtiment à Blois et de l’exposition de Ramous programmée au Château de Chambord, Walter Patscheider, responsable des archives Ramous, réunit autour de lui l’historien de l’art Francesco Poli, la critique d’art contemporain Alessandra de Bigontina, l’architecte Giulio Avon, pour une table ronde consacrée à cet artiste oublié et à son œuvre.”

Et devient de la politique internationale

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Imprimerie Cino del Duca -Travaux de façade
La façade de l'imprimerie Cino del Duca dans les années 60
La façade de l’imprimerie Cino del Duca dans les années 60

Du coup, depuis mai 2016, une correspondance diplomatique se met en place. Jack Lang, le Président de l’Institut du monde Arabe (mais aussi ancien maire de Blois) saisit Madame Audrey Azouley, ministre de la Culture et de la Communication. Il écrit : “(…) Construit entre 1961 et 1963 par le renommé Cino del Duca, cet établissement est un vestige unique des premières agences de presse françaises. Sa façade composée de figures géométriques enchevêtrées est emblématique des architectures des années 60”. Il ajoute : “Cet édifice est le fruit d’une collaboration entre l’ingénieur Tullio Patscheider, et Carlo Ramous, célèbre sculpteur dont les œuvres sont internationalement reconnues dans les biennales et les musées du monde entier. Si elle n’est pas classée au patrimoine, il reste que cette façade est, à de très nombreuses reprises, citée comme une œuvre majeure des deux artistes (…)”. Walter Patscheider, le conservateur de l’héritage artistique de Carlo Ramous, mandate un avocat pour que les droits de l’auteur soient respectés. Il écrit à Marc Gricourt (Maire de Blois) et Christophe Degruelle (Président d’Aggropolys). De son côté, l’architecte Antonela Ranaldi, du Ministère de la Culture en Italie pour la Région de Milan rappelle à tous les protagonistes déjà cités que “en Italie, cette façade serait sous la protection de l’Administration”.

Y aurait-il une bombe à désamorcer ?

Et c’est ainsi que nous avons pu lire dans la Nouvelle République du Centre-Ouest, la brève “À toute vapeur”. Dans les quelques lignes, on pouvait lire : “La réunion s’est tenue jeudi. Il s’agissait de se pencher sur le sort de la façade Québecor visible depuis l’avenue de Vendôme. Y participaient Christophe Degruelle, président d’Agglopolys, un représentant du ministère de la Culture, l’architecte des Bâtiments de France ainsi que le conservateur régional des Monuments historiques. Tous sont tombés d’accord pour que soit lancée une étude complémentaire (financée pour moitié par l’Etat) afin de vérifier l’état de la structure.” Un peu court, ne trouvez-vous pas ?

Moi-même je n’avais pas tout compris. Il est vrai que dans cette histoire, il faut savoir prendre le train en route. Il faut rappeler aussi que l’association “Blois – Patrimoine – Paysage – Environnement – Cadre de vie” n’est pas pour rien dans la bonne remise en marche d’une machine qui aurait pu devenir infernale.

 

Vous voulez comprendre un peu mieux encore ?

 

http://www.blois.me/patrimoine/imprimerie_cino_del_duca.html

 

Carlo Ramous
Carlo Ramous

Carlo Ramous (1926-2003) Sculpteur italien. Formé à l’Accademia di Brera auprès de Marino Marini, il a réalisé plus de 300 pièces pour la plupart non-figuratives, dont certaines, monumentales et pour la plupart en métal (Wikipédia). Lorsque Carlo Ramous parle de sculpture et d’architecture en 1990, il dit : “elle (l’architecture) est considérée comme la « fille de la spéculation » Mais cette langue, moi, je crois qu’elle a parfois le cœur brisé et qu’elle réchauffe les sens comme des poèmes ». Il ajoute en évoquant son travail : “Je savais que je n’étais pas en mesure d’atteindre la vérité. J’ai donc utilisé la langue des symboles pour y tendre. Je l’ai laissée libre de me suggérer et de me surprendre. Je pense que parfois une chaleureuse et poignante poésie s’est installée.” Le critique d’art Giovanni Carandente écrit en 1974 : “Ramous imprime tout en composant grandeur nature, et ses formes seraient sacrifiées dans n’importe quel espace clos.” La critique d’art Michele Tavola complète : “Mais ses formes avant d’être matures, sont de tout petits croquis nés dans un condensé qui comprend la vision spatiale de l’artiste.” Et dans un récent article (mai 2016) de “Artribune”, une revue italienne sur l’art et l’architecture, on lit : “L’artiste milanais Carlo Ramous (1926-2003) est l’un des plus importants sculpteurs italien de la seconde moitié du XXe siècle. Ses sculptures sont présentes dans plusieurs pays du monde (Sydney, New-York, Chiba au Japon). Invité trois fois à la Biennale de Venise (1958, 1962 et 1972), il a aussi exposé dans de nombreux festivals des plus réputés sur la scène internationale.”

Photos : fond Carlo Ramous – Walter Patscheider via blois.me

 

L'auteur : Xavier Guillon

Rédacteur en chef et en os et profiteur d’espaces, il aime l’urbain et le crie haut et fort. En secret, il rêve de nature et prend régulièrement les chemins vicinaux.

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